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Celui qui écrit et qui répond
Jimenez Julien, l’homme qui a compté les recopies
Coulissia n’est pas né d’une étude de marché sur le spectacle vivant. Il est né d’une soirée de février passée à comparer, ligne à ligne, deux tableaux de budget d’une même création de danse, l’un déposé à la direction régionale des affaires culturelles, l’autre à la région, et qui différaient de trois cent quarante euros pour une raison que personne ne parvenait à reconstituer.
Ce que j’ai vu sur les tables de production
Je conçois des logiciels professionnels pour des métiers dont les outils n’existent pas, ou existent mal. Le spectacle vivant est arrivé dans ma vie de travail par la porte la plus banale : une compagnie de danse contemporaine cherchait quelqu’un pour l’aider à ranger ses fichiers. Ce n’était pas un problème de rangement. C’était un problème de traduction.
Cette compagnie déposait sept dossiers par saison. Sept fois le même budget, sept plans de compte différents, sept listes de pièces, sept dates limites. La chargée de production tenait un tableur maître, celui de la vérité, et six tableurs dérivés qui devaient rester alignés sur lui. Ils ne l’étaient jamais tout à fait. Une modification du salaire d’un régisseur redescendait dans quatre fichiers sur six, parce que la journée était finie et qu’il fallait envoyer.
J’ai passé les mois suivants dans les bureaux de production, les loges transformées en bureaux, les fonds de salle pendant les montages. J’ai vu des professionnelles et des professionnels remarquables, qui connaissent par cœur les rubriques d’une dizaine de financeurs, les taux de charges par nature de contrat, les minima conventionnels de leur branche, et qui consacrent pourtant l’essentiel de leur temps à des opérations de copie. J’ai vu un refus notifié pour un cachet de répétition inférieur de dix huit euros au minimum conventionnel, sur un dossier qui représentait sept semaines de salaire pour l’équipe.
Pourquoi ce logiciel précis, et pas un autre
Il existe des outils de gestion pour le spectacle vivant : de la paie, de la billetterie, de la planification de tournée. Il n’existait rien entre le budget de production et le formulaire du financeur. C’est pourtant là que se joue l’argent de la création : entre le moment où l’on sait ce que coûte le spectacle et le moment où l’on doit l’écrire dans la langue d’un guichet.
J’ai donc renversé l’ordre habituel. Beaucoup d’outils partent du formulaire, et demandent à l’utilisateur de remplir des cases. Coulissia part du budget de production réel, dans le vocabulaire de la production : un cachet est un cachet, un défraiement est un défraiement, un apport en industrie est un apport en industrie. C’est le logiciel qui va chercher la case du financeur, et non l’inverse. Cette décision, prise très tôt, explique tout le reste : la bibliothèque de postes, le calcul des charges par nature de contrat, la projection dans les grilles, le contrôleur avant dépôt.
Le contrôleur, justement, est venu d’une conviction plus dure. Un logiciel qui laisse passer une erreur qu’il avait les moyens de voir est complice de cette erreur. J’ai donc accepté que Coulissia dise non. Tant qu’un point rouge subsiste, l’export ne part pas. Cela m’a valu quelques discussions animées lors des premiers essais, et pas une seule fois, depuis, la demande de retirer ce verrou.
La méthode de travail
Chaque grille de financeur intégrée est reconstruite à partir du formulaire officiel en vigueur, testée sur au moins trois budgets réels de compagnies volontaires, puis datée et versionnée. Aucune grille n’entre dans le logiciel parce qu’elle serait vraisemblable : elle entre parce qu’elle a été remplie et déposée.
Les évolutions de dispositifs et de minima conventionnels sont suivies en continu, et un point d’étape trimestriel réunit les utilisateurs en formule Bureau Plus pour arbitrer ce qui doit être intégré en priorité. Les demandes qui viennent du terrain passent avant les idées venues du bureau, ce qui explique que la vue portefeuille et la comparaison de deux dossiers ligne à ligne soient arrivées avant des fonctions que je jugeais plus spectaculaires.
Trois convictions produit
- Le vocabulaire du métier n’est pas un détail d’interface
- Quand un logiciel appelle « charges de personnel » ce qu’une compagnie appelle « masse salariale artistique chargée », il oblige son utilisateur à traduire en permanence. Cette traduction est précisément le travail que l’on veut lui épargner. Coulissia emploie les mots des conventions collectives et des formulaires, pas ceux d’un plan comptable générique.
- Un chiffre saisi deux fois est un chiffre faux
- La double saisie n’est pas une perte de temps, c’est une source d’erreur. Toute valeur n’existe qu’à un seul endroit dans Coulissia, le budget canonique, et tout le reste en est une projection recalculée. C’est la seule manière d’avoir des totaux identiques chez cinq financeurs.
- Un outil sérieux accepte de bloquer
- Le refus d’export sur point rouge est la fonction la moins confortable du logiciel, et la plus utile. Elle transforme un contrôle que personne n’a le temps de faire en un passage obligé de trente secondes, juste avant l’envoi.
L’éditeur, MLJ
Coulissia est édité par MLJ, société par actions simplifiée unipersonnelle au capital de 500,00 euros, immatriculée sous le SIREN 934 769 837, inscrite au registre du commerce et des sociétés de Paris depuis le 30 octobre 2024. MLJ conçoit et exploite des logiciels professionnels destinés à des métiers où l’outillage numérique reste rare, et assure elle même le développement, l’assistance et la relation client, sans intermédiaire commercial.
Le directeur de la publication est Jimenez Julien. Les échanges commerciaux, les demandes de démonstration et l’assistance passent par une adresse unique : jimenezjulien42@gmail.com. Les identifiants complets de la société figurent dans les mentions légales.
Ce que j’écris dans Le Carnet de Production
Le magazine du site rassemble ce que la pratique des dossiers de financement m’apprend, de la construction du budget de production au compte rendu financier d’utilisation de la subvention. Ces neuf articles ont été mis en ligne le 3 septembre 2026, jour de l’ouverture du site, et sont relus à chaque évolution de dispositif.
- Transposer un seul budget de production dans la grille de chaque financeurguide pratique, 8 minutes de lecture
- Compte rendu financier de subvention : ce que la loi impose vraimentréglementation, 9 minutes de lecture
- Les erreurs de budget qui font retoquer une demande d’aide au projeterreurs à éviter, 8 minutes de lecture
- Trois façons de tenir le budget d’une compagnie qui dépose partoutcomparatif, 7 minutes de lecture
- Une création chorégraphique, cinq financeurs et quatorze mois de dossierscas d’usage, 9 minutes de lecture
- Les pièces à réunir avant de déposer un dossier d’aide au projetchecklist, 7 minutes de lecture
- L’année d’un bureau de production, échéance par échéancecalendrier, 8 minutes de lecture
- Ce que coûte vraiment une campagne de dépôts, poste par postechiffrage, 8 minutes de lecture
- Financement du spectacle vivant : ce qui change pour les compagniestendances, 8 minutes de lecture
Le sommaire complet et les prochaines parutions se trouvent sur Le Carnet de Production.
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J’écris régulièrement sur la manière dont l’argent public arrive jusqu’aux plateaux, sur les grilles de financeurs et sur ce que l’on peut automatiser sans dénaturer le travail de production. Les liens ci dessous mènent à mes profils personnels.
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